vendredi, 21 novembre 2008
Images génératrices de récit...
Un exercice à contrainte visuelle proposé par le CNED aux écrivains publics en herbe.
Trois images sont proposées, à partir desquelles il faut élaborer un court récit (biographie, nouvelle, début de roman...) Le nombre maximal de signes autorisé, espaces comprises, est 3000.
Voici ma production, achevée ce jour.
Manuscrit 52 – Chapitre 1
Le brouillard, qui serpentait autour du ferry depuis Calais, commençait enfin à se dissiper. A bâbord, les premiers rayons de soleil dardaient à travers l’étoffe de brume et frappaient une mer léthargique, qui se tavela bientôt de reflets aveuglants ; au nord, se dessinaient, contours encore vagues, mais qu’on devinait imposants, les White Cliffs qui surplombent Douvres. L’Angleterre était proche, et la libération.
La nuit avait été longue et le peu de sommeil qu’elle avait pu subtiliser à la peur s’était troublé de rêves agités. Briska glissa la main dans son sac bandoulière pour vérifier une énième fois que le manuscrit était bien à sa place. Le contact de l’objet l’incommodait : malgré l’écrin qui le protégeait, il semblait libérer un puissant magnétisme qui tantôt cherchait à repousser sa main, tantôt l’attirait. Son téléphone se mit à vibrer. Elle reconnut sans peine la voix gutturale de Shapira.
« Vous faites bon voyage ? J’espère que vous ne souffrez pas du mal de mer, chère amie ?
- Non, monsieur. Tout se passe au mieux. Je serai à Douvres d’ici un quart d’heure.
- Bien, bien. Vous êtes largement dans les temps. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter mazel ou vrakha, chère Briska !
- Chance et bénédiction, monsieur Shapira ! »
Il était à peine 9 heures lorsque Briska débarqua du train à la gare Victoria. Elle s’engouffra dans les ternes tunnels du métro londonien pour ne revoir le jour qu’à la station Edgware Road. La librairie était à deux pas de là, selon Shapira.
Quand elle approcha, Briska aperçut un homme qui se tenait sur le seuil, clés en main. Elle ne sut déchiffrer s’il partait ou arrivait et, dans le doute, l'apostropha sans retenue.
« Bonjour, sir, je dois voir Omar, j’ai un message pour lui. Savez-vous où je peux le trouver ?
- Je suis Omar. Suivez-moi, miss. J’allais justement ouvrir. »
L’intérieur était exigu, les murs tapissés de livres sans âge. Omar reprit :
« Alors, dites-moi tout, quel est votre précieux message ?
- Manuscrit 52…
- Mmm… vous devez être miss Briska… A dire vrai, je vous imaginais beaucoup plus âgée. Une fausse image de la conservatrice de musée, hein ! Je ne vous attendais pas si tôt non plus !
- J’étais pressée de me débarrasser de l’objet.
- Ha ha ! Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas, miss ? »
Omar saisit une boîte qu’il tendit à Briska.
« Voici la copie ! Comme convenu ! Nous pouvons procéder à l’échange. »
De retour à Victoria Station, Briska décida de s’accorder quelque repos. Après tout, elle était encore en avance sur le programme, et depuis la veille –depuis, en fait, qu’elle avait dérobé le manuscrit- elle n’avait rien avalé.
Briska hésitait à rester à proximité de la gare : le quartier vrombissait d’automobiles. Elle sentit alors une main sur son épaule, un souffle dans son cou et une voix douce lui murmura :
« Vous avez été trompée, Briska. Vous avez confié une arme terrible à des fous dangereux. Je ne peux pas vous parler ici, mais je vous donne ma carte, prenez-la. »
Miss Deee
00:45 Publié dans Jeux de textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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